TITRE Batman : Dark Age
SCÉNARISTE Mark Russell
DESSINATEUR Mike Allred
COLORISTE Laura Allred
ÉDITEUR Urban Comics
COLLECTION DC Black Label / Batverse
DATE DE PARUTION (VF) 7 novembre 2025
FORMAT Relié 19 x 29 cm — Couleur — 264 pages
ISBN / EAN 979-10-268-2468-8 / 9791026824688
CONTENU VO Batman : The Dark Age (2024) #1–6 — DC Comics (mini-série complète, 6 épisodes) Publié en VO de février à novembre 2024
NOTE ÉDITORIALE Batman : Dark Age est la suite spirituelle directe de Superman : Space Age, publiée chez Urban Comics en 2025. Mark Russell et Mike Allred y reprennent la même formule éprouvée : une uchronie ancrée dans la réalité historique américaine, dans laquelle les super-héros DC évoluent en parallèle des grands événements du XXe siècle. Les deux récits partagent la même continuité — il est recommandé mais non obligatoire de lire Superman : Space Age en premier. One-shot complet en un volume.
L’histoire de Batman, on croit la connaître. Le Crime Alley, le manteau de la chauve-souris, le serment de vengeance. Mais c’est précisément parce qu’on croit la connaître que Mark Russell et Mike Allred peuvent se permettre de la déconstruire.
Tout commence en 2030. Bruce Wayne est un vieil homme dans une maison de retraite, dont la mémoire commence à s’effriter. Ce cadre — un Bruce fragile, humain, mortel — est le grand pari de la série : le récit qui suit n’est pas une épopée héroïque racontée de l’intérieur, mais les souvenirs imparfaits d’un homme qui essaie de comprendre ce que sa vie a vraiment signifié. Ce dispositif autorise toutes les variations, toutes les entorses au mythe, tout en maintenant une distance poétique entre le lecteur et la légende.
L’arc principal remonte aux années 1950 et 1960. Les parents de Bruce sont assassinés en 1957, et le jeune homme devient un délinquant en colère, incapable de canaliser son deuil. Sa trajectoire le mène jusqu’au Vietnam, où il sert sous les ordres d’un sergent Ra’s al Ghul — réinterprétation saisissante qui replace l’entraînement originel de Batman dans le contexte du conflit le plus traumatisant de l’Amérique contemporaine. Ce n’est pas une ligue d’assassins dans des châteaux lointains : c’est la jungle, la boue, les ordres absurdes et la violence d’État. Mark Russell ancre le mythe dans l’histoire réelle avec la même rigueur satirique qu’il avait déployée dans Superman : Space Age, et avec le même angle critique : les véritables ennemis ne portent pas de costumes de vilains, ce sont des hommes en costumes-cravates qui manipulent les institutions à leur profit.
La trajectoire de Bruce Wayne traverse ensuite les années 1970 — hippies, crise économique, Gotham en décrépitude — et les années 1980, jusqu’à la menace finale qui voit Ra’s al Ghul, Brainiac et l’Anti-Monitor converger sur une ville au bord de l’apocalypse. C’est là que Dick Grayson entre en scène comme Robin : non pas un gimmick ou un faire-valoir, mais le miroir d’un Bruce encore en train de se construire, le signe que Batman peut transmettre quelque chose au lieu de simplement porter sa douleur. Russell dessine avec soin ce passage de relais émotionnel, et c’est l’un des moments les plus touchants du volume.
Mike Allred, assisté de sa partenaire Laura Allred à la colorisation, offre l’un de ses travaux les plus habités. Son style pop — héritage de Madman et de ses années Silver Surfer chez Marvel — s’adapte avec une malice jubilatoire à la Gotham de différentes époques : rétro et nocturne dans les années 1950, psychédélique et bariolé dans les seventies, sombre et expressionniste dans les eighties. Les couleurs de Laura Allred, lumineuses et saturées, créent un contraste assumé avec la mélancolie du récit — comme si la vie de Bruce, même dans ses moments les plus sombres, était racontée avec la vivacité d’un souvenir recomposé et idéalisé. Les doubles pages apocalyptiques, le costume noir à l’esthétique burtonienne, le Bat-signal qui perce une Gotham en flammes : autant de moments visuels qui restent longtemps en mémoire.

